Le Roi et l’Oiseau créateur
Il était une fois un roi qui s’était fait la promesse de donner à son peuple une reine dont l’inspiration serait sans limites. Enfant, il en avait eu la vision auprés de l’une des sources du château royal. Lorsqu’il monta sur le trône il fit connaître son vœu à toutes les jeunes filles à marier jusque dans les royaumes voisins. Tous ses messagers revinrent bredouilles, car sa demande faisait peur.
Le roi désespérait de son vœu. Il retourna auprés de la source de son enfance pour appeler l’esprit de sa vision. Un oiseau soudain se posa devant lui.
- Que veux-tu de moi, demanda-t-il au roi ?
- Donner à mon peuple une reine d’inspiration, ainsi que je l’ai vue, enfant, qui sache créer sans limites.
- Tu demandes beaucoup, répondit l’oiseau. Et que donneras-tu en échange ?
- Mon royaume.
- Demande à ton peuple de rassembler toutes ses requêtes et au premier jour de l’année prochaine je viendrai. Sur ces mots l’oiseau disparut.
L’Ange exterminateur
C’étaient les vacances. Je m’étais levé le premier ce jour-là, bien avant tout le monde, et j’étais sorti. L’air était vif, si pur. La lumière naissante du petit jour annonçait une très belle journée. Je marchai sur le chemin en contrebas de la maison et entrepris mon petit tour matinal. Mais une insatisfaction sourde apparut en moi. La journée qui s’annonçait était trop belle pour qu’elle soit comme les autres ; et soudain je connus qu’à poursuivre comme je faisais j’allais la perdre. Perdre quoi ? Je ne savais. Mais la rater, manquer quelque chose de très important.
Je dépassai le calvaire où d’habitude je rebroussais chemin et je m’engageai dans la pleine campagne qui s’ouvrait devant moi : j’étais décidé, j’irais au bout de ce qui m’appelait.
La légende du Chat Botté
Il était une fois un roi qui voulait donner une sagesse nouvelle à son peuple. Il avait fait publier partout dans son royaume que celui qui lui présenterait la suite des contes épouserait sa fille.
Cela avait créé une grande effervescence parmi ses sujets et nombreux furent ceux qui se jetèrent sur les routes à la recherche des histoires exceptionnelles qui se racontaient dans le pays. On en découvrit de nouvelles, mais de suites des contes, aucunes. Des conteurs méconnus sortirent de l’ombre, mais leurs répertoires se recoupaient tous.
Des écrivains essayèrent d’inventer des suites pour Cendrillon, Blanche-neige, le Petit Poucet…, mais les grammairiens du Roi les rejetèrent toutes : il n’y avait pas, là, de sagesse nouvelle.
Les pèlerins des Bourse d'or
Il était une fois des pèlerins qui s’étaient mis en marche ensemble psour un long périple. Ce voyage devait durer une année et ils étaient en route depuis déjà quatre mois. Mais les difficultés avaient bien entamé leur détermination et sur les quarante voyageurs du départ, il n’en restait plus maintenant qu’une dizaine, incertains et inquiets de ne jamais atteindre leur but : combien seraient-ils en effet à Finis Terre, devant l’océan, pour formuler leur requête ? Pourtant ces hommes et ces femmes s’étaient mis en chemin sous les étoiles avec l’espoir farouche de se faire entendre du ciel à tout prix et de recevoir une bénédiction éclatante pour leur confrérie menacée de dissolution par l’administration royale. Mais la réalité était implacable : ils n’étaient plus que dix !
Grande ville commerçante, descendant en collines vers un port très actif. Panorama sur l’ensemble. Un curseur se déplaçant dans l’image indique que nous sommes sur un écran d’ordinateur. Une main se substitue au curseur et un zoom avant se met en mouvement vers la fenêtre ouverte d’un immeuble. Le regard entre dans la chambre. Un homme est à son bureau, en train de relire le texte qu’il vient de taper sur son ordinateur portable. Le texte s’affiche au bas de l’image, dans la zone de texte.
« Il y a plusieurs mois maintenant que je suis en voyage au loin des miens et ils me manquent d’autant plus que la date de mon retour est de plus en plus incertaine. L’aventure dans laquelle je me suis engagé en entreprenant de faire connaître les chefs d’œuvre de nos métiers et certaines perles de notre culture m’a exposé à de nombreux dangers dont, par chance, je suis toujours sorti sain et sauf. Mais aujourd’hui, ma situation est devenue extrêmement préoccupante car je pourrais venir à disparaître avec la ville, dans l’engloutissement où elle est en train de sombrer. C’est pourquoi j’ai entrepris de t’écrire, mon cher père, et de t’appeler à mon secours : toi seul peut m’arracher au naufrage de cette ville dont je n’arrive pas à me dégager.
Il était une fois un royaume qui avait sombré sous les assauts de ses envahisseurs. La famille royale, au moment du sac du palais, avait été faite prisonnière et déportée. Seuls la sœur aînée et le Dauphin avaient pu s’échapper et disparaître. Cela avait laissé au peuple complètement découragé une lueur d’espoir car le Dauphin était un être exceptionnel.
Le roi l’avait préparé depuis de longues années à lui succéder et, peu de temps avant la chute du royaume, le prince avait eu une initiative surprenante : il avait fait apparaître l’esprit protecteur du royaume - un oiseau – à la grande assemblée nationale de la nouvelle année et engagé ensuite un cycle de rencontres mensuelles qui avaient donné un nouvel élan aux forces vives de la nation. La déroute face à l’envahisseur en fut d’autant plus amère.
Il était une fois un prince qui avait été longtemps absent du royaume paternel. Adolescent, en effet, et selon la coutume, il avait été envoyé chez ses cousins du Nord pour y parfaire son éducation.
Avant de monter sur le trône auprès de son père, il fallait que le prince comblât autant que possible sa mémoire manquante de toute cette période. Il devait retourner dans les lieux fondateurs de son enfance et en rapporter des clés de compréhension pour réinterpréter les évènements qu’il avait manqués. Or le premier évènement fondateur que le prince devait revisiter s’était produit à l’âge de huit ans, lors d’un été passé avec sa grand-mère et sa sœur dans une demeure où, par sa faute, celle-ci avait trouvé la mort. Il n’avait bien sûr aucun goût à retourner dans ce passé douloureux mais le protocole était formel, c’est par cet âge que les princes entreprenaient toujours leur grande récapitulation. Par ailleurs l’époque avait aussi connu une soudaine accélération du fait du dérèglement de la lune comme si plusieurs périodes s’étaient chevauchées les unes les autres et le défi fait au prince de récapituler tout cela dépassait ses forces humaines.