Vous êtes sur: INTELLIGENCE COLLECTIVE » Histoires, Légendes |
| |
Il était une fois un royaume qui avait sombré sous les assauts de ses envahisseurs. La famille royale, au moment du sac du palais, avait été faite prisonnière et déportée. Seuls la sœur aînée et le Dauphin avaient pu s’échapper et disparaître. Cela avait laissé au peuple complètement découragé une lueur d’espoir car le Dauphin était un être exceptionnel.
Le roi l’avait préparé depuis de longues années à lui succéder et, peu de temps avant la chute du royaume, le prince avait eu une initiative surprenante : il avait fait apparaître l’esprit protecteur du royaume - un oiseau – à la grande assemblée nationale de la nouvelle année et engagé ensuite un cycle de rencontres mensuelles qui avaient donné un nouvel élan aux forces vives de la nation. La déroute face à l’envahisseur en fut d’autant plus amère.
La vie sous le joug de l’occupant était grondante et coléreuse car le pays ne s’avouait pas vaincu et se maintenait dans l’espoir du retour du Dauphin qu’il appelait de tout son cœur. Ce n’est qu’après trois ans que le prince finit par retrouver sa sœur aînée grâce aux filières secrètes qui s’étaient mobilisées pour leurs retrouvailles. Maintenant réunis, le frère et la sœur entreprirent de travailler à la reconquête du royaume.
- « L’oiseau créateur nous demande de repenser complètement notre vision du pouvoir politique, dit le Dauphin à sa sœur, et de poser les bases d’une nouvelle façon d’être ensemble. Il ne s’agit plus d’organiser la vie de notre peuple, mais de donner à chacun l’accès au pouvoir illimité de créer.
- Comment faire dans un contexte aussi adverse que le notre, répondit la princesse ?
- L’Oiseau Créateur va nous aider ! Souviens-toi de ce qu’il nous a fait faire il y a cinq ans. « Aujourd’hui, vous devez tous apprendre à voler, m’a-t-il recommandé. C’est cela qui vous libérera de votre ennemi. »
- Mais c’est impossible, nous ne sommes pas des oiseaux, dit la princesse.
- « Pourtant il vous arrive de voler », m’a-t-il répondu quand je lui ai fait la même objection, « mais vous ne le savez pas. Les oiseaux qui partagent votre vie sur terre ne vivent pas cloués au sol, eux : ils bondissent d’un endroit à l’autre, se posent où ils veulent, sans y penser. Et ils n’ont aucun souci avec l’occupant. Faites la même chose, l’occupant s’en ira. »
Le Dauphin mobilisa tous les réseaux clandestins sur le projet « Voler avec l’Oiseau Créateur », il en fit la priorité de son gouvernement fantôme, et demanda à tous d’y réfléchir : « Comment pourrions nous faire pour vivre à la manière des oiseaux, bondissant d’un endroit à un autre et nous posant à volonté, sans y penser ? » Le programme pouvait surprendre, mais cette réflexion collective refonderait les bases de la royauté défaite. C’est lors des festivités du Carnaval que seraient collectés les résultats, à l’occasion de joutes sur l’art de voler, que se fassent connaître alors ceux qui sauraient voler !
Quelques semaines plus tard, un très grand nombre de personnes fit le même rêve, et les jours suivants tout le royaume entra en effervescence sous le choc de cette nouvelle surprenante, tout un chacun s’attachant à vérifier, dans son entourage, qui avait vu en songe l’oiseau qui enseignait à voler.
A part ceux qui ne se souvenaient de rien, la plupart des habitants attestaient, en effet, d’un même rêve et de l’annonce extraordinaire qu’avait faite l’oiseau : une énergie de création était en train de descendre sur la Terre qui allait tout accélérer dans les dix années à venir. Il fallait se préparer à tout lui demander, car c’est avec elle qu’on allait pouvoir voler. Chacun avait pour mission de définir ce qu’il voudrait recevoir pour tous de cette grande énergie de création.
- Que veux-tu recevoir pour les autres, se demandait-on les uns aux autres ?
- Comment ne pas se tromper et que cela corresponde aux vrais besoins?
- Les artistes ou les savants savent très bien cela. Faut-il se mettre à l’école des grands créateurs, disaient certains ?
- Peut-être… Alors, cela dépend-il du talent de chacun, suggéraient d’autres ? …
- Qu’est-ce que nous voudrions absolument pour notre époque si nous pouvions tout obtenir? Puisque c’est de cela dont il s’agit !
Les cœurs devinrent de plus en plus précis à la faveur de cette espérance nouvelle et des aspirations impérieuses commencèrent à s’énoncer.
- Devrions-nous devenir des génies, nous aussi et nous engager à fond dans ce qui nous appelle, se demandait-on de plus en plus ?
On ne s’était encore jamais posé de pareilles questions ! Cela fit naître une réflexion intense, à laquelle un autre rêve vint répondre.
«Devenez créateurs avec vos aspirations, mettez-les en œuvre, disait l’oiseau. Faites-en des ressources pour tous, traduisez-les en projets et présentez-les à la grande énergie de création qui vient. Entraînez les autres à votre suite dans l’aventure et recevez ensemble. Vous allez commencer de bondir de réponse en réponse et apprendre à voler »
Et le rêve montrait quelques unes des initiatives qui se multipliaient à travers le pays à l’occasion de ce grand réveil et les transformations que cela engendrait.
- J’ai peut-être commencé de voler, déclara un homme au sortir d’une réunion, depuis qu’une sorte de sentiment joyeux très fort s’est emparé de mon coeur, une plénitude amoureuse au-delà de tout… Si je demande quelque chose dans cet état amoureux, cela apparaît très vite, je bondis dans la réponse. Cela arrive souvent, et chaque fois c’est comme si je me posais où je veux. Je l’ai vécu plusieurs fois tout à l’heure, avec mes collègues.
- Je n’arrive pas à me faire à la rapidité des réponses qui sont données pour mon projet, disait un autre, au cours d’une conversation téléphonique. Ca va trop vite pour mon ancienne façon de voir qui est toujours là et qui est complètement démodée maintenant.
- J’ai toujours pensé qu’on ne profitait pas suffisamment de l’intuition pour faire avancer les choses, déclarait une femme dans son laboratoire. Aujourd’hui, ça va tellement vite que la question ne se pose même plus : si l’on se tient sur son désir, il n’y a même plus de parcours à accomplir pour aller d’un point à un autre, on fusionne avec la destination et c’est toujours juste.
Toutefois cette accélération n’était pas sans danger car elle intensifiait aussi tous les désordres du royaume. Il commença d’y avoir des troubles terroristes auxquels les occupants réagirent brutalement. Aux ponctions faites par l’ennemi sur l’économie vinrent s’ajouter un ralentissement général de l’activité, une franche récession et une pénurie croissante des biens de première nécessité. Les esprits étaient très ébranlés et de plus en plus gagnés par l’inquiétude et le doute. Ils avaient beaucoup de difficulté à rester sur le premier élan que leur avait donné l’oiseau créateur avec son enseignement sur l’art de voler et très peu réussissaient à développer leurs aspirations en une création pour le bien commun. La manifestation de la grande énergie de création était, aussi, de plus en plus évidente avec ses phénomènes magnétiques préoccupants, les coupures à répétition du téléphone, les perturbations climatiques et la grande panne d’électricité qui immobilisa tout le pays à la suite de la vague de froid qui s’abattit sur tout le territoire.
- « La force de création sur laquelle nous avons mis tant d’espoir, en fait, est en train de nous mettre à genoux, déclara la Princesse devant un rassemblement d’artistes qu’elle avait convoqué d’urgence. Faites le maximum pour orchestrer ce mouvement autour de l’art de voler : Ecrivez, jouez, chantez sur le thème pour l’amplifier, stimulez les esprits, relevez le défi qui est fait à la culture de régénérer les cœurs dans l’épreuve que nous avons à traverser. » Mais les artistes eux-mêmes étaient trop impressionnés par le bouleversement en cours et ils ne surent pas faire autre chose que ce qu’ils faisaient toujours. Il ne trouvèrent pas le passage vers l’énergie créatrice et ne décollèrent pas.
Le Dauphin cherchait désespérément la clé qui ouvrirait l’alliance avec cette force.
- Vous êtes plus dans l’esprit de chevaucher l’énergie créatrice et d’en tirer profit que de voler avec elle, lui dit l’oiseau. Chacun doit faire de son aspiration une antenne de réception et se vouer totalement à elle pour le bien de tous, car ce n’est qu’à travers ce service de chacun que le monde nouveau peut apparaître. Et il faut faire vite, plus vite que l’engloutissement de l’ancien monde qui a commencé sous vos yeux.
- Que dois-je faire alors demanda le Dauphin dans son accablement ?
- Rien, répondit l’oiseau. Car tu n’as pas le pouvoir de retourner les consciences.
Alors l’oiseau envoya un troisième rêve sur le royaume
Tous furent mis en contact avec l’amour de la grande énergie de création pour chacun et purent connaître leur place précise dans son intention d’habiter parmi eux. Ce fut un bouleversement immense qui orienta les cœurs définitivement à s’engager dans la rencontre avec elle.
Le rêve se répéta, et se répéta encore. La flamme qui s’était allumée ne s’éteindrait plus. La béance amoureuse ouverte en chacun devint l’espace infini où maintenant tous allaient pouvoir voler. Il n’y avait plus qu’à se tenir là : les réponses venant s’aligner avec les questions, il ne restait plus qu’à bondir d’alignement en alignement, de fusion en fusion avec la merveilleuse énergie, se posant avec elle où l’on veut, sans y penser. Et les habitants du royaume, maintenant solidement établis dans le service de leur aspiration les uns pour les autres, commencèrent de faire corps pour exprimer les manifestations de cette présence.
Au Carnaval, les chars qui défilèrent débordaient de joie. Tous se réjouissaient, malgré les difficultés, de ce monde nouveau qui s’annonçait et où tout se règlerait par grâce. On commençait de savoir voler, c’était évident. Les occupants eux-mêmes, qui avaient aussi rêvé, se sentaient gagnés par cette allégresse qui n’épargnerait personne.
Page précédente : Coaching et Management en Intelligence Collective | ^ Haut | Page suivante : Articles